{"id":230,"date":"2013-05-04T14:00:29","date_gmt":"2013-05-04T12:00:29","guid":{"rendered":"https:\/\/pkfeyerabend.org\/?p=230"},"modified":"2013-06-15T13:16:00","modified_gmt":"2013-06-15T11:16:00","slug":"systemes-depargne-et-de-credit-une-strategie-de-developpement-pour-les-pauvres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/2013\/05\/04\/systemes-depargne-et-de-credit-une-strategie-de-developpement-pour-les-pauvres\/","title":{"rendered":"Syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9pargne et de cr\u00e9dit &#8211; une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement pour les pauvres?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par Lothar Seethaler<\/strong>, Responsable du programme Inde et Madagascar de Car\u00eame Suisse.<br \/>\nExtrait de la page <em>\u00ab Th\u00e8mes actuels de la politique de d\u00e9veloppement chez Action de Car\u00eame \u00bb<\/em><br \/>\n<a title=\"Site de Car\u00eame Suisse\" href=\"https:\/\/www.fastenopfer.ch\">www.fastenopfer.ch<\/a><\/p>\n<p>Les avis divergent sur l&rsquo;importance des syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9pargne et de cr\u00e9dit destin\u00e9s \u00e0 vaincre la pauvret\u00e9: les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des instituts financiers internationaux (Banque mondiale, FMI, etc.) vantent les microcr\u00e9dits \u00e0 l&rsquo;usage des petites entreprises comme des instruments ayant fait leurs preuves dans la lutte contre la mis\u00e8re. Ils ont trouv\u00e9 chez les femmes des partenaires fiables et essaient \u2013 non sans succ\u00e8s &#8211; de s&rsquo;appuyer sur des ONG enracin\u00e9es localement pour leurs programmes de cr\u00e9dit. En revanche, des voix critiques r\u00e9torquent que ces petits cr\u00e9dits atteignent rarement ou jamais les plus pauvres. Il est souvent impossible de passer au-dessus des structures patriarcales en place et de gommer les d\u00e9s\u00e9quilibres des relations entre les sexes via des programmes de cr\u00e9dit relay\u00e9s par des femmes. Souvent m\u00eame, les difficult\u00e9s sont accrues.<\/p>\n<p>Dans le cadre d&rsquo;un premier essai de bilan bas\u00e9 sur les exp\u00e9riences de partenaires de l&rsquo;Action de Car\u00eame, Elisabeth von Capeller, dans le num\u00e9ro 96\/97 de Newsletters, a formul\u00e9 toute une s\u00e9rie d&rsquo;observations critiques. Elle a notamment relev\u00e9 que les objectifs des syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9pargne et de cr\u00e9dit devaient \u00eatre clarifi\u00e9s au pr\u00e9alable avec les concern\u00e9s et que la r\u00e9ussite des syst\u00e8mes d\u00e9pendait des \u00e9pargnes collectives.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent document doit exposer quelques r\u00e9flexions fondamentales sur les objectifs et la m\u00e9thode des syst\u00e8mes en question permettant de choisir les solutions discut\u00e9es avec la population cible concern\u00e9e. Disons-le d&#8217;embl\u00e9e: quand on entend coop\u00e9rer dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;option pour les pauvres avec des groupes de population tr\u00e8s marginalis\u00e9s et exploit\u00e9s, il est impossible de faire appel \u00e0 n&rsquo;importe quel syst\u00e8me de cr\u00e9dit. Les exp\u00e9riences v\u00e9cues ont montr\u00e9 que c&rsquo;est un type de syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9pargne collectif ne payant pas de mine qui s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 le plus durable&#8230;<\/p>\n<p>Le point de d\u00e9part des r\u00e9flexions communes devraient \u00eatre les objectifs poursuivis. On s&rsquo;attachera \u00e0 r\u00e9pondre aux questions suivantes:<\/p>\n<ul>\n<li>A qui s&rsquo;adresse le syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9pargne et de cr\u00e9dit?<\/li>\n<li>Quelles sont les conditions de vie \u00e9conomiques et sociales des groupes cibles?<\/li>\n<li>Quels objectifs peuvent \u00eatre poursuivis de fa\u00e7on r\u00e9aliste et durable?<\/li>\n<li>Quelles sont les pr\u00e9f\u00e9rences des groupes cibles et lesquels de ces objectifs paraissent r\u00e9alistes et judicieux?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il s&rsquo;agit l\u00e0 bien \u00e9videmment de questions \u00e0 clarifier ou \u00e0 n\u00e9gocier \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un dialogue entre partenaires, accompagn\u00e9 de fa\u00e7on critique tant avec les ONG locales qu&rsquo;avec les groupes cibles.<\/p>\n<p>Lorsque les groupes cibles sont aussi d\u00e9favoris\u00e9s que les partenaires de l&rsquo;Action de Car\u00eame, voici les questions concr\u00e8tes qui se posent:<\/p>\n<p>Dans le cadre d&rsquo;un premier essai de bilan bas\u00e9 sur les exp\u00e9riences de partenaires de l&rsquo;Action de Car\u00eame, Elisabeth von Capeller, dans le num\u00e9ro 96\/97 de Newsletters, a formul\u00e9 toute une s\u00e9rie d&rsquo;observations critiques. Elle a notamment relev\u00e9 que les objectifs des syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9pargne et de cr\u00e9dit devaient \u00eatre clarifi\u00e9s au pr\u00e9alable avec les concern\u00e9s et que la r\u00e9ussite des syst\u00e8mes d\u00e9pendait des \u00e9pargnes collectives.<\/p>\n<ul>\n<li>Les groupes cibles vivent-ils en milieu urbain ou rural? S&rsquo;agit-il de membres de peuples indig\u00e8nes marginalis\u00e9s, de petits paysans endett\u00e9s, de paysans sans terres, etc.? Ont-ils acc\u00e8s aux ressources vitales, \u00e0 la terre, au march\u00e9, \u00e0 un travail correctement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9?<\/li>\n<li>Les groupes cibles sont-ils endett\u00e9s, sont-ils m\u00eame esclaves de leur dette ou souffrent-ils d&rsquo;autres formes de d\u00e9pendance \u00e9conomique et d&rsquo;exploitation? Sont-ils discrimin\u00e9s socialement?<\/li>\n<li>La production pour un march\u00e9 (local) est-elle une option durable pour tout le groupe cible \u2013 ou la garantie de leur subsistance est-elle un objectif plus r\u00e9aliste?<\/li>\n<li>Comment le groupe cible per\u00e7oit-il sa propre situation d&rsquo;existence lorsqu&rsquo;il analyse son contexte \u00e9conomique et social avec l&rsquo;organisation partenaire: acc\u00e8s au march\u00e9, endettement, joug des couches dominantes, discrimination sociale, etc.?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Si on consid\u00e8re et analyse minutieusement tous ces facteurs, on se rend compte qu&rsquo;il y a finalement lieu de distinguer deux types fondamentaux de syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9pargne et de cr\u00e9dit:<\/p>\n<ul>\n<li>Les syst\u00e8mes de cr\u00e9dit dont l&rsquo;objectif est une production pour le march\u00e9, visant un b\u00e9n\u00e9fice, et le cas \u00e9ch\u00e9ant des activit\u00e9s sur le march\u00e9 \u2013 et qui, partant aspirent \u00e0 une meilleure int\u00e9gration au sein du march\u00e9.<\/li>\n<li>Les caisses d&rsquo;\u00e9pargne collectives, les banques de c\u00e9r\u00e9ales (grain banks), etc. dont les membres cherchent avant tout \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des situations d&rsquo;urgence et qui garantissent la satisfaction de besoins essentiels moyennant des cr\u00e9dits allou\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement, issus des \u00e9conomies propres et communes. Ce faisant, les membres pr\u00e9viennent l&rsquo;endettement (ou le limitent), la perte de terres et la d\u00e9pendance. Leur objectif est donc la garantie des bases de l&rsquo;existence, de la subsistance.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le probl\u00e8me majeur de la plupart des ONG \u2013 tant des bailleurs de fonds internationaux (donors) que des partenaires sur place au Sud \u2013 r\u00e9side dans le fait qu&rsquo;elles ne sont pas en mesure de faire cette distinction fondamentale: une id\u00e9e claire des groupes cibles fait souvent d\u00e9faut, ce qui bien \u00e9videmment complique singuli\u00e8rement l&rsquo;analyse commune de leurs conditions de vie et, finalement, rend impossible la formulation d&rsquo;un objectif clair dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;option pour les pauvres. Des cr\u00e9dits sont alors g\u00e9n\u00e9ralement octroy\u00e9s pour des investissements productifs sans avoir cherch\u00e9 \u00e0 savoir si les groupes cibles sont en mesure de r\u00e9aliser ces investissements de fa\u00e7on durable. Le r\u00e9sultat est une situation dans laquelle les vrais d\u00e9munis tentent, dans leur d\u00e9tresse, de \u00ab\u00a0d\u00e9tourner\u00a0\u00bb pour les besoins vitaux les cr\u00e9dits originellement destin\u00e9s \u00e0 ces investissements, alors que les mieux lotis qui sont en mesure d&rsquo;investir de mani\u00e8re productive essaient de mettre les sources de cr\u00e9dit sous leur contr\u00f4le. Impossible, pour ces motifs, d&rsquo;adresser des reproches \u00e0 l&rsquo;un ou \u00e0 l&rsquo;autre groupe. Les v\u00e9ritables responsables de ce g\u00e2chis sont les bailleurs de fonds et leurs id\u00e9es floues, ainsi que les ONG locales qui se soumettent \u00e0 la puissance de l&rsquo;argent sans faire preuve d&rsquo;esprit critique \u2013 en esp\u00e9rant des lignes de cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>Un exemple marquant tir\u00e9 du contexte d&rsquo;une organisation d&rsquo;entraide locale tr\u00e8s renomm\u00e9e, active au Karnataka, un Etat du Sud de l&rsquo;Inde, doit aider \u00e0 mettre cette situation en lumi\u00e8re. Il montre du m\u00eame coup les pistes trac\u00e9es par les organisations partenaires de l&rsquo;Action de Car\u00eame actives dans la m\u00eame r\u00e9gion pour sortir de l&rsquo;orni\u00e8re.<\/p>\n<p>L&rsquo;organisation d&rsquo;entraide \u00e9voqu\u00e9e est l&rsquo;une des plus importantes de l&rsquo;Etat mentionn\u00e9. Elle \u0153uvre dans plusieurs domaines: agriculture, utilisation des ressources, encouragement d&rsquo;activit\u00e9s r\u00e9mun\u00e9ratrices et promotion des petites industries, etc. . Naturellement, un syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9pargne et de cr\u00e9dit fait \u00e9galement partie de l&rsquo;offre qui est fortement subventionn\u00e9e. Les grands axes du programme de cr\u00e9dit sont l&rsquo;encouragement des activit\u00e9s r\u00e9mun\u00e9ratrices et la promotion des petites industries, donc uniquement des investissements productifs orient\u00e9s vers le march\u00e9. Le programme s&rsquo;adresse \u00e0 tous: paysans, petits paysans, artisans et sans-terre. L&rsquo;accent est mis sur l&rsquo;int\u00e9gration de ces derniers. Mais il faut savoir que dans le contexte indien la plupart des sans-terre sont typiquement des sans-caste, des intouchables \u2013 s&rsquo;appelant eux-m\u00eames Dalits. Au bas de l&rsquo;\u00e9chelle sociale et extr\u00eamement discrimin\u00e9s, ils n&rsquo;ont pas acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de la terre, au march\u00e9 et m\u00eame aux emplois ind\u00e9pendants. Les coolies re\u00e7oivent un tr\u00e8s maigre salaire comme ouvriers agricoles, sont constamment endett\u00e9s et souvent de v\u00e9ritables esclaves, tenus dans la d\u00e9pendance par leurs dettes.<\/p>\n<p>Qui s&rsquo;\u00e9tonnera d\u00e8s lors, m\u00eame apr\u00e8s cette description succincte, que les Dalits fortement endett\u00e9s se soient vu interdire l&rsquo;acc\u00e8s aux cr\u00e9dits dans le cadre d&rsquo;un programme de la grande ONG \u00e9voqu\u00e9e. Certes quelques-uns d&rsquo;entre eux ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 devenir membres des syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9pargne et de cr\u00e9dit mais ils leur a \u00e9t\u00e9 impossible de toucher de l&rsquo;argent: comment auraient-ils d&rsquo;ailleurs pu investir de fa\u00e7on productive puisqu&rsquo;ils \u00e9taient li\u00e9s par leurs dettes en tant qu&rsquo;ouvriers mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s \u00e0 la terre des propri\u00e9taires fonciers. Et il leur manquait par ailleurs la latitude sociale de s&rsquo;activer librement sur le march\u00e9 &#8230;<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que nous ont rapport\u00e9 les sans-terre, hommes et femmes Dalits, dans un village dans lequel, en sus de l&rsquo;organisation d&rsquo;entraide en question, s&rsquo;active \u00e9galement une organisation partenaire de l&rsquo;Action de Car\u00eame: justement avec ces Dalits tr\u00e8s endett\u00e9s ou sans-terre syst\u00e9matiquement exclus du prestigieux programme de la grande organisation d&rsquo;entraide.<\/p>\n<p>Conjointement avec le conseiller indien de l&rsquo;Action de Car\u00eame, les organisations partenaires locales avaient analys\u00e9 la situation des groupes cibles et avaient conclu que, dans ces conditions, des investissements productifs ne rempliraient que les poches des grands propri\u00e9taires terriens et des pr\u00eateurs, m\u00eame si les cr\u00e9dits pouvaient \u00eatre effectivement vers\u00e9s aux sans-terre. Notre organisation partenaire commen\u00e7a donc \u00e0 encourager les Dalits \u00e0 se serrer les coudes et \u00e0 \u00e9pargner en commun dans leurs villages situ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des habitations des castes des paysans et des artisans. Pendant les p\u00e9riodes de l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 les sans-terre ont un travail, et donc un revenu m\u00eame modeste, ils mettent r\u00e9guli\u00e8rement un petit p\u00e9cule de c\u00f4t\u00e9, par exemple 10 roupies (25 cents) par mois. En certains lieux, les femmes ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9pargner mais on vit souvent des groupes mixtes le faire \u00e9galement. En plus de petites sommes d&rsquo;argent, on mit \u00e9galement, ailleurs, un peu de riz ou de paddy en r\u00e9serve. La quantit\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e d\u00e9pend des capacit\u00e9s des membres les plus faibles, ce qui permet de n&rsquo;exclure personne. Encadr\u00e9s par l&rsquo;organisation partenaire, les groupements villageois des pauvres \u00e9dictent des r\u00e8gles pr\u00e9cises r\u00e9gissant l&rsquo;allocation des cr\u00e9dits: \u00e0 cet \u00e9gard, la subsistance, la survie des membres est toujours la pr\u00e9occupation premi\u00e8re (voir \u00e0 ce sujet l&rsquo;article \u00ab\u00a0La subsistance \u2013 une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement pour les pauvres\u00a0\u00bb dans Newsletter 96\/97). Au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e d\u00e9j\u00e0, gr\u00e2ce aux \u00e9conomies faites en commun, de nombreux cr\u00e9dits purent \u00eatre support\u00e9s par la caisse d&rsquo;\u00e9pargne, des cr\u00e9dits que les sans-terre auraient sinon d\u00fb accepter aupr\u00e8s d&rsquo;usuriers pour survivre. De cette mani\u00e8re, les membres du groupe font l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;int\u00e9r\u00eats de 10% \u00e0 25% par mois ainsi que d&rsquo;autres services et acqui\u00e8rent une certaine s\u00e9curit\u00e9. Celle-ci se renforce d&rsquo;ann\u00e9e en ann\u00e9e tout comme augmente la confiance pour prendre de nouvelles initiatives: n\u00e9gociations concernant les salaires, pourparlers avec des services de l&rsquo;Etat pour obtenir des prestations publiques comme l&rsquo;approvisionnement en eau potable, des postes de sant\u00e9, des \u00e9coles de base pour les enfants, etc. Ces exp\u00e9riences communes positives encouragent et renforcent les groupes cibles tr\u00e8s d\u00e9favoris\u00e9s qui recommencent \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer leurs f\u00eates traditionnelles et manifestent la ferme intention de reprendre leur destin\u00e9e en main&#8230;<\/p>\n<p>Port\u00e9s par les organisations villageoises d&rsquo;exploit\u00e9s et de marginalis\u00e9s, ces syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9pargne collectifs (collective savings schemes) rev\u00eatent une importance capitale, d\u00e9passant, et de loin, la dimension \u00e9conomique (d\u00e9sendettement, etc.):<\/p>\n<p>Une telle initiative commune fait prendre confiance de ses propres forces et redonne courage aux membres. La confiance dans leur capacit\u00e9 d&rsquo;am\u00e9liorer eux-m\u00eames leur situation apparemment d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e est pour nombre d&rsquo;entre eux une premi\u00e8re exp\u00e9rience de leur dignit\u00e9 humaine. Les caisses d&rsquo;\u00e9pargne apportent un sentiment de s\u00e9curit\u00e9, de solidarit\u00e9 et d&rsquo;appartenance \u00e0 un groupe. Ce n&rsquo;est pas le destin ni les dominants qui d\u00e9cident de l&rsquo;octroi d&rsquo;un cr\u00e9dit mais le groupe lui-m\u00eame, sur la base de crit\u00e8res qu&rsquo;il s&rsquo;est donn\u00e9s et qui mettent la d\u00e9tresse des membres au rang des pr\u00e9occupations essentielles.<\/p>\n<p>Les organisations villageoises et les groupes de femmes qui ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s pour g\u00e9rer les caisses d&rsquo;\u00e9pargne constituent une plate-forme solide pour d&rsquo;innombrables autres activit\u00e9s sociales et religieuses: solutions communes apport\u00e9es \u00e0 des probl\u00e8mes sociaux, r\u00e9solution de conflits, organisation de festivit\u00e9s et pratique conjointe de la religion de chacun, etc. (voir aussi l&rsquo;article \u00ab\u00a0Que notre vie soit une f\u00eate\u00a0\u00bb de Markus Brun ci-apr\u00e8s).<\/p>\n<p>Finalement, l&rsquo;effet \u00e9conomique (d\u00e9sendettement progressif et ind\u00e9pendance \u00e9conomique et sociale) est indissociable des aspects sociaux, culturels, religieux et spirituels de ces processus d&rsquo;organisation. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un processus de d\u00e9veloppement int\u00e9gral \u00e0 travers lequel les hommes commencent \u00e0 r\u00e9aliser ensemble leurs capacit\u00e9s, \u00e0 tous les niveaux de leur personnalit\u00e9, et \u00e0 agir en faisant preuve d&rsquo;auto-responsabilit\u00e9 \u2013 \u00e9galement et pr\u00e9cis\u00e9ment dans les conflits, sociaux ou internes, in\u00e9vitables avec de tels processus.<\/p>\n<p>Mais cela ne doit en aucun cas signifier qu&rsquo;il faut refuser le principe de cr\u00e9dits destin\u00e9s \u00e0 des investissements productifs et de l&rsquo;affectation d&rsquo;un certain pourcentage de la production au march\u00e9 (local). Au contraire, il faut souhaiter qu&rsquo;un maximum d&rsquo;\u00eatres humains aient acc\u00e8s \u00e0 des processus productifs socialement justes, \u00e0 dimension humaine et respectueux de l&rsquo;environnement. La disponibilit\u00e9 des ressources vitales fait aussi partie de la garantie de la subsistance tout comme l&rsquo;acc\u00e8s libre au march\u00e9 et aux processus de production. Mais cette piste est interdite \u00e0 d&rsquo;innombrables \u00eatres humains. L&rsquo;int\u00e9gration forc\u00e9e au march\u00e9 leur enl\u00e8ve encore leur peu de ressources et les expose donc davantage aux pratiques indignes que sont l&rsquo;exploitation et la discrimination sociale. Le reconna\u00eetre et chercher avec les concern\u00e9s des solutions adapt\u00e9es, culturellement et socialement compatibles, est de notre devoir, dans la ligne de l&rsquo;option pour les pauvres. Il est encourageant de constater que nombre d&rsquo;organisations eccl\u00e9siastiques partenaires au Sud \u2013 \u00e0 Madagascar par exemple \u2013 marquent leur int\u00e9r\u00eat pour cette voie commune.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Lothar Seethaler, Responsable du programme Inde et Madagascar de Car\u00eame Suisse. Extrait de la page \u00ab Th\u00e8mes actuels de la politique de d\u00e9veloppement chez Action de Car\u00eame \u00bb www.fastenopfer.ch Les avis divergent sur l&rsquo;importance des syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9pargne et de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[16],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/230"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=230"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/230\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":726,"href":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/230\/revisions\/726"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=230"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=230"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=230"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}