{"id":232,"date":"2013-05-04T14:04:05","date_gmt":"2013-05-04T12:04:05","guid":{"rendered":"https:\/\/pkfeyerabend.org\/?p=232"},"modified":"2013-06-15T13:14:22","modified_gmt":"2013-06-15T11:14:22","slug":"qui-a-peur-des-communautes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pkfeyerabend.org\/fr\/2013\/05\/04\/qui-a-peur-des-communautes\/","title":{"rendered":"Qui a peur des \u00ab communaut\u00e9s \u00bb ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par Grazia Borrini-Feyerabend<\/strong> (<a href=\"mailto:gbf[at]cenesta.org\">gbf[at]cenesta.org<\/a>)<\/p>\n<p>Les contributions de Karsenty et Le Meur que j\u2019ai eu le plaisir de lire en introduction \u00e0 ce d\u00e9bat ont plusieurs m\u00e9rites importants. Karsenty r\u00e9ussit de fa\u00e7on \u00e9l\u00e9gante \u00e0 situer la discussion sur le concept de communaut\u00e9 dans l\u2019optique de \u00ab l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00bb relevant du long terme, en opposition aux int\u00e9r\u00eats particuliers des individus. Selon lui, les communaut\u00e9s sont porteuses de pr\u00e9f\u00e9rences collectives \u2013 moins insaisissables que \u00ab l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00bb, mais encore discutables en termes de l\u00e9gitimit\u00e9 par rapport \u00e0 la gouvernance environnementale locale.<\/p>\n<p>Le Meur introduit la probl\u00e9matique de la communaut\u00e9 en tant qu\u2019unit\u00e9 socio spatiale \u2013 un ordre social dans un espace d\u00e9limit\u00e9. Au vu des multiples relations, des \u00e9changes et des ph\u00e9nom\u00e8nes migratoires qui sont partie int\u00e9grante des soci\u00e9t\u00e9s humaines du pass\u00e9 et d\u2019aujourd\u2019hui, la restriction spatiale semble \u00e0 Le Meur une source d\u2019incoh\u00e9rence pour tout concept de communaut\u00e9. Pourtant, cette fusion de l\u2019ordre spatial et de l\u2019ordre social est au c\u0153ur des politiques qui imposent \u00ab le terroir \u00bb en tant qu\u2019unit\u00e9 d\u2019exploitation des ressources naturelles associ\u00e9e \u00e0 une communaut\u00e9. Cette fusion introduit donc un \u00e9l\u00e9ment de doute dans le concept de gouvernance environnementale communautaire.<\/p>\n<p>Karsenty et Le Meur insistent sur le fait que les communaut\u00e9s sont des sujets pluriels, produits des complexit\u00e9s de l\u2019histoire dans des contextes diff\u00e9rents. Les deux semblent perdre le sens m\u00eame du concept quand ils rencontrent sur le terrain des membres de ces suppos\u00e9es \u00ab communaut\u00e9s \u00bb \u2013 des hommes et des femmes qui n\u2019excluent ni des logiques individualistes ni des liens strat\u00e9giques avec les institutions modernes de l\u2019Etat, les bailleurs, etc.<\/p>\n<p>Est-ce que ces arguments ouvrent des sujets passionnants de d\u00e9bat ? Oui. Est-ce que ces arguments sont convaincants au point d\u2019invalider le concept m\u00eame de communaut\u00e9 ou de nous faire changer d\u2019avis \u00e0 propos des m\u00e9rites de la gouvernance environnementale communautaire ? Je crois que non. Nous pouvons comprendre les communaut\u00e9s en tant que sujets complexes, dynamiques, pluriels et bien \u00e9videmment souvent contradictoires, ni plus ni moins que les individus et les Etats, mais pourtant sujets sensibles \u00e0 tous les effets de la construction sociale et de la gouvernance environnementale.<\/p>\n<p>Les communaut\u00e9s sont des sujets politiques et culturels, dont les caract\u00e8res politiques sont sous-tendus par la culture, et dont les caract\u00e8res culturels sont li\u00e9s aux opportunit\u00e9s de l\u2019exercice du pouvoir, aux espaces de gouvernance \u2013 en particulier de gouvernance des ressources naturelles \u2013 qui leur sont accessibles. Comme Karsenty et Le Meur l\u2019ont sugg\u00e9r\u00e9, le discours sur la communaut\u00e9 est un processus d\u2019imagination et de visualisation qui fa\u00e7onne les acteurs du processus social. Eh bien, qu\u2019il le soit !<\/p>\n<p>Pour rester sur le terrain de l\u2019Afrique de la colonisation francophone qui constitue l\u2019essentiel des r\u00e9f\u00e9rences de mes coll\u00e8gues de conversation, j\u2019aimerais rappeler ici tr\u00e8s bri\u00e8vement quelques \u00e9l\u00e9ments d\u2019un \u00ab syst\u00e8me de gestion des ressources naturelles \u00bb que certains appellent \u00ab communautaire \u00bb. Le r\u00e9cit vient d\u2019une interview que j\u2019ai effectu\u00e9e il y a environ un an avec un professionnel s\u00e9n\u00e9galais de la conservation (employ\u00e9 de l\u2019Etat, et de tendance plut\u00f4t \u00ab militaire \u00bb) \u00e0 propos du syst\u00e8me traditionnel de gestion des ressources naturelles de sa communaut\u00e9 natale, en Casamance.<\/p>\n<p>Son environnement \u00e9tait, m\u2019a-t-il dit, richissime. Des bras de mer poissonneux bord\u00e9s de mangroves s\u2019entrela\u00e7aient avec une couverture v\u00e9g\u00e9tale terrestre abondante, habitat d\u2019esp\u00e8ces vari\u00e9es. Les animaux domestiques et sauvages y cohabitaient, et la communaut\u00e9 \u00e9tait dot\u00e9e de la multiplicit\u00e9 des \u00ab pr\u00e9f\u00e9rences collectives \u00bb si bien \u00e9voqu\u00e9e par Karsenty. Une subdivision sociale de type clanique structurait en effet aussi bien l\u2019espace que les relations sociales et les r\u00e8gles de gestion des ressources naturelles. Chaque bras de mer \u00ab appartenait \u00bb \u00e0 un chef de clan, qui lui donnait son propre nom. De fa\u00e7on similaire, c\u2019\u00e9tait aussi le cas pour les zones de for\u00eat sur la terre ferme, li\u00e9es \u00e0 un clan ou \u00e0 un autre. Il y avait un chef de terres qui r\u00e9glait l\u2019utilisation des espaces exploit\u00e9s pour l\u2019agriculture, et un chef de brousse (parfois le m\u00eame et parfois diff\u00e9rent du chef de terres) qui r\u00e9glait l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certaines ressources, telles que les fruits des arbres en for\u00eat. L\u2019appartenance clanique g\u00e9n\u00e9rait \u00e0 la fois un droit et une responsabilit\u00e9. Chaque bras de mer \u00e9tait surveill\u00e9 par les jeunes du clan de son \u00ab propri\u00e9taire \u00bb, qui bien \u00e9videmment emp\u00eachaient tout type d\u2019utilisation non autoris\u00e9e. Tous les quelques mois, le chef du clan du bras de mer X demandait \u00e0 ses jeunes de le barrer, et d\u2019inviter \u00e0 la p\u00eache tous les gens du village. L\u2019occasion \u00e9tait festive et le pouvoir du clan se mesurait \u00e0 l\u2019abondance de la ressource \u00e0 partager, en soi gage de la capacit\u00e9 de ce clan \u00e0 conserver et \u00e0 faire fructifier cette ressource. A leur tour les autres clans faisaient de m\u00eame, offrant aux autres ce qu\u2019ils avaient de mieux, faisant ainsi la d\u00e9monstration de leur pouvoir\/ prestige, de leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, et m\u00eame de ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui de leur \u00ab capacit\u00e9 de gestion \u00bb.<\/p>\n<p>Les ressources naturelles en for\u00eat \u00e9taient r\u00e9gies de fa\u00e7on similaire, avec interdiction stricte pendant une certaine p\u00e9riode, suivie d\u2019utilisation collective, souvent li\u00e9e \u00e0 des c\u00e9r\u00e9monies culturellement significatives. Ainsi, les chefs de brousse emp\u00eachaient la cueillette de certains fruits jusqu\u2019au stade de pleine maturit\u00e9. Une partie des fruits avait alors d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mang\u00e9e par les animaux et une autre partie \u00e9tait tomb\u00e9e \u00e0 terre (ce qui pourrait bien nous appara\u00eetre comme du gaspillage\u2026). Le jour de l\u2019ouverture de la cueillette \u00e9tait encore une fois un jour de f\u00eate, o\u00f9 tout le monde pouvait se servir \u00e0 volont\u00e9 (avec limitation \u00e9vidente de la possibilit\u00e9 que quelqu\u2019un cueille beaucoup plus que les autres). Il y avait aussi des parties de la for\u00eat o\u00f9 il \u00e9tait strictement interdit de cueillir ou de consommer quoi que ce soit, et m\u00eame d\u2019entrer en dehors des occasions d\u2019initiation. C\u2019\u00e9taient les bois sacr\u00e9s, qui liaient de fa\u00e7on forte la communaut\u00e9 \u00e0 l\u2019espace local, par des rituels et\/ou des m\u00e9moires historiques collectives. Bien \u00e9videmment un syst\u00e8me assez complexe de relations culturelles\/ religieuses liait aussi la communaut\u00e9 \u00e0 la biodiversit\u00e9 locale, avec certains clans li\u00e9s \u00e0 certaines esp\u00e8ces, des groupes d\u2019expertise reconnus (par exemple pour les plantes m\u00e9dicinales), des r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales, des interdictions crois\u00e9es, etc.<\/p>\n<p>Que se passe-t-il aujourd\u2019hui ? Eh bien, au nom de l\u2019\u00abint\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00bb, du d\u00e9veloppement et du progr\u00e8s, on a priv\u00e9 la communaut\u00e9 locale de tout type de pouvoir sur les bras de mer. Les p\u00eacheurs du nord du pays, avec leurs pirogues \u00e0 moteurs et leurs filets moustiquaires, ont les autorisations n\u00e9cessaires pour p\u00eacher tout au long de la c\u00f4te, et personne ne peut faire valoir des droits coutumiers et des r\u00e8gles locales. Quelques chefs de clans ont en effet essay\u00e9 de faire respecter leurs r\u00e8gles, et mon informateur savait que l\u2019un d\u2019entre eux en particulier, un sage fort respect\u00e9 dans sa communaut\u00e9, avait pass\u00e9 du temps en prison \u00e0 cause de cela. En ce qui concerne les fruits en for\u00eat, les chefs de brousse n\u2019ont plus leur pouvoir non plus. Plusieurs personnes vont les cueillir pour le march\u00e9 bien avant le temps de maturation. En cons\u00e9quence, les animaux sauvages (le peu qui reste et qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 braconn\u00e9) sont priv\u00e9s de cette source de nourriture. De m\u00eame que de nombreux villageois, en effet. La r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des esp\u00e8ces elle-m\u00eame en souffre (peut-\u00eatre les fruits murs tomb\u00e9s \u00e0 terre n\u2019\u00e9taient-ils pas seulement du gaspillage ?). Bien \u00e9videmment, le bois dur de la for\u00eat a \u00e9t\u00e9 rapidement convoit\u00e9, et les concessionnaires potentiels se sont occup\u00e9s \u00e0 nouer de bonnes relations \u00e0 plusieurs niveaux avec les autorit\u00e9s, du gouvernement national aux communes\u2026 sans trop de place pour des consultations locales, ce qui, selon Karsenty, \u00e9tait politiquement incorrect mais s\u2019est quand m\u00eame pass\u00e9. Les exploitations foresti\u00e8res ne se sont pas fait attendre non plus.<\/p>\n<p>Je laisse l\u00e0 ce r\u00e9cit du changement \u2013 qui rappellera \u00e0 certains lecteurs ce qui est en train de se produire un peu partout dans le monde au nom du d\u00e9veloppement et du progr\u00e8s \u2013 pour faire quelques consid\u00e9rations d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>A travers les si\u00e8cles, les principaux d\u00e9cideurs \u00e0 propos des ressources naturelles furent les communaut\u00e9s locales \u2013 cueilleurs et chasseurs, p\u00eacheurs et agriculteurs, \u00e9leveurs, utilisateurs de ressources des for\u00eats, des oasis et des sources d\u2019eau, constructeurs de terrasses et de canaux d\u2019irrigation\u2026. La plus grande partie des communaut\u00e9s humaines se sont cr\u00e9\u00e9es en tant qu\u2019unit\u00e9s sociales autour de certaines \u00abunit\u00e9s de ressources naturelles\u00bb, telles que l\u2019eau d\u2019un bassin versant, les coquillages d\u2019une baie marine ou un troupeau d\u2019herbivores sur un territoire de migration. La biodiversit\u00e9 et la diversit\u00e9 culturelle ont \u00e9volu\u00e9 ensemble dans des milliers de contextes diff\u00e9rents, et la \u00ab gouvernance communautaire \u00bb dans l\u2019histoire de ces relations \u2013 malheureusement tr\u00e8s peu document\u00e9e et mal connue \u2013 a d\u00e9velopp\u00e9 une grande vari\u00e9t\u00e9 de r\u00e8gles concernant l\u2019acc\u00e8s et l\u2019utilisation des ressources naturelles. On retrouve partout dans le monde des espaces sacr\u00e9s et r\u00e9serv\u00e9s, des interdictions et des limitations temporaires ou p\u00e9rennes d\u2019usage de certaines esp\u00e8ces, des obligations sociales par rapport \u00e0 l\u2019extraction des ressources, g\u00e9r\u00e9s par des r\u00e8gles communautaires. Ces r\u00e8gles ont rendu explicites les liens entre les ressources et la vie de la communaut\u00e9, probablement en relation avec l\u2019exp\u00e9rience directe (ou une connaissance indirecte) des p\u00e9riodes de manque de ressources. Il est probable aussi que ces r\u00e8gles aient eu plusieurs types d\u2019origine, des superstitions magico-religieuses au d\u00e9sir de s\u00e9curiser des privil\u00e8ges sociaux, par exemple au b\u00e9n\u00e9fice des autorit\u00e9s traditionnelles. Ce que nous pouvons voir dans les syst\u00e8mes traditionnels existant aujourd\u2019hui est que la gouvernance communautaire s\u2019appuie souvent sur des formes d\u2019utilisation durable des ressources naturelles. Et que ces syst\u00e8mes d\u00e9pendent des obligations mutuelles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des communaut\u00e9s et parmi les communaut\u00e9s, des obligations qui sont pour la plupart volontaires (culturelles, int\u00e9rioris\u00e9es, souvent m\u00eame identitaires), m\u00eame si des sanctions locales sont possibles en cas d\u2019infraction.<\/p>\n<p>Pendant des milliers d\u2019ann\u00e9es les communaut\u00e9s humaines ont donc pris des d\u00e9cisions motiv\u00e9es par une grande vari\u00e9t\u00e9 de raisons \u00e0 propos des ressources naturelles (p.ex. survie, s\u00e9curit\u00e9, valeurs culturelles et religieuses, b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques). S\u2019il est clair que leur histoire et leur culture se sont construites dans l\u2019entrelacs avec ce processus, il est peut-\u00eatre moins clair qu\u2019elles ont aussi contribu\u00e9 \u00e0 conserver et m\u00eame \u00e0 enrichir la biodiversit\u00e9. Pourtant les richesses de l\u2019agro biodiversit\u00e9, le maintien d\u2019habitats et la cr\u00e9ation de nouveaux habitats en t\u00e9moignent. Par exemple, l\u2019habitat europ\u00e9en le plus riche en densit\u00e9 d\u2019esp\u00e8ces \u2013 la prairie alpine \u2013 est enti\u00e8rement d\u00e9pendant de l\u2019action des communaut\u00e9s humaines qui l\u2019ont cr\u00e9\u00e9 pour y faire pa\u00eetre leur b\u00e9tail. M\u00eame dans l\u2019environnement marin, consid\u00e9r\u00e9 parfois comme une \u201csituation mini\u00e8re\u201d o\u00f9 les humains n\u2019ont fait que piller les ressources, on trouve des croyances et des pratiques de conservation d\u2019une \u00e9norme importance.<\/p>\n<p>Mais \u2013 vous \u00eates-vous peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9 \u2013, si les communaut\u00e9s locales1 ont jou\u00e9 un r\u00f4le si important pour la gouvernance de la biodiversit\u00e9 dans le pass\u00e9, pourquoi n\u2019est-ce pas le cas aujourd&rsquo;hui? Pourquoi ne voit-on aujourd\u2019hui que des communaut\u00e9s rurales \u00ab pauvres \u00bb, contradictoires et dans le meilleur des cas \u00ab porteuses de pr\u00e9f\u00e9rences collectives \u00bb ? Pourquoi les voit-on avoir besoin de l\u2019assistance et de l\u2019aide internationales pour survivre et d\u2019une vision scientifique de bonne gestion de l\u2019environnement pour ne pas d\u00e9truire la branche de l\u2019arbre sur laquelle elles se sont pos\u00e9es ?<\/p>\n<p>Un changement global d\u2019\u00e9norme envergure s\u2019est produit au cours des si\u00e8cles derniers. En quelques mots, les propri\u00e9taires priv\u00e9s, les Etats, et aujourd\u2019hui les entreprises ont \u00e9merg\u00e9 en tant que nouveaux acteurs dans la gouvernance des ressources naturelles. Ils ont remplac\u00e9 les communaut\u00e9s, parfois par la persuasion et beaucoup plus souvent par la force. Nous n\u2019avons \u00e9videmment pas le temps de discuter ici ce ph\u00e9nom\u00e8ne historique qui va de l\u2019\u00ab enclosure of the commons \u00bb \u00e0 la r\u00e9volution agricole, du d\u00e9veloppement latifondiaire \u00e0 l\u2019\u00e9mergence des pouvoirs financiers et de la bourse, de la cr\u00e9ation des Etats nationaux \u00e0 leur prise de pouvoir sur les \u00ab domaines \u00bb des ressources naturelles, de la r\u00e9volution industrielle \u00e0 l\u2019urbanisation, du colonialisme au complexe politico militaro-industriel d\u2019aujourd\u2019hui\u2026 Il suffit de noter que, tr\u00e8s lentement d\u2019abord et avec une acc\u00e9l\u00e9ration \u00e9vidente au cours des deux derniers si\u00e8cles, les communaut\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9-responsabilis\u00e9es de leurs r\u00f4les de d\u00e9cideurs \u00e0 propos des ressources naturelles au b\u00e9n\u00e9fice des \u00ab experts \u00bb \u00e9tatiques et priv\u00e9s. Ainsi elles ont m\u00eame souvent perdu tout int\u00e9r\u00eat pour cette gouvernance, et la capacit\u00e9 de l\u2019assumer. Leurs syst\u00e8mes traditionnels de gestion des ressources naturelles \u2013 sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque contexte, profond\u00e9ment m\u00eal\u00e9s aux particularit\u00e9s culturelles et au sens de l\u2019identit\u00e9 locale \u2013 sont en effet en retrait vis-\u00e0-vis du syst\u00e8me agro-industriel de march\u00e9, en expansion partout dans le monde.<\/p>\n<p>Le tableau suivant lance quelques pistes de r\u00e9flexion pour la compr\u00e9hension d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne de changement qui a un nombre \u00e9norme de dimensions et qui, je l\u2019esp\u00e8re, ne va pas \u00eatre pris dans un sens univoque ou d\u00e9terministe.<\/p>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<td width=\"50%\">Syst\u00e8mes traditionnels de gestion des ressources naturelles<\/td>\n<td>Syst\u00e8me global, agro-industriel de march\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Acc\u00e8s et usage bas\u00e9s sur la propri\u00e9t\u00e9 commune, r\u00e9gl\u00e9s par les lois coutumi\u00e8res<\/td>\n<td>Acc\u00e8s et usage bas\u00e9s sur la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ou \u00e9tatique, r\u00e9gl\u00e9s par des lois \u00e9crites Appuy\u00e9s par l\u2019organisation sociale des communaut\u00e9s et par des formes de r\u00e9ciprocit\u00e9 avec d\u2019autres communaut\u00e9s<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Promu par l\u2019Etat et les entreprises et appuy\u00e9 par le pouvoir militaire<\/td>\n<td>Locaux, relativement \u00e0 petite \u00e9chelle, avec plusieurs caract\u00e9ristiques li\u00e9es au contexte Supranational\/ international\/ global, \u00e0 grande \u00e9chelle, similaire partout dans le monde<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Focalis\u00e9s sur la satisfaction des besoins des communaut\u00e9s<\/td>\n<td>Focalis\u00e9 sur la g\u00e9n\u00e9ration de richesse priv\u00e9e ou \u00e9tatique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Pour la plus grande partie, orient\u00e9s vers la subsistance<\/td>\n<td>Toujours orient\u00e9 vers le march\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Utilisent des technologies traditionnelles, test\u00e9es au niveau local, dans le contexte d\u2019application &amp; dans la longue p\u00e9riode<\/td>\n<td>Utilise des technologies novatrices, souvent test\u00e9es r\u00e9cemment, hors du contexte d\u2019utilisation et dans des conditions sociales diff\u00e9rentes<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Bas\u00e9s sur le contr\u00f4le de la terre, des ressources biologiques et de l\u2019eau.<\/td>\n<td>Bas\u00e9 sur le contr\u00f4le des sources d\u2019\u00e9nergie (p\u00e9trole, gaz), des ressources mini\u00e8res et de l\u2019eau.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Demandent des intrants \u201csoft\u201d et des investissements de capital limit\u00e9s, y compris pour le transport<\/td>\n<td>Demande des intrants sophistiqu\u00e9s et des investissements de capital importants, y compris pour le transport<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Les d\u00e9cideurs sont des organisations sociales complexes, qui agissent dans la sph\u00e8re locale, en interaction continue avec la soci\u00e9t\u00e9,<\/td>\n<td>Les d\u00e9cideurs sont des individus li\u00e9s \u00e9conomiquement, staff des entreprises ou d\u00e9cideurs \u00e9tatiques; ils sont dispers\u00e9s et agissent dans la sph\u00e8re globale.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Politiquement et \u00e9conomiquement faibles \u00e0 grande \u00e9chelle<\/td>\n<td>Politiquement et \u00e9conomiquement fort \u00e0 grande \u00e9chelle<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Plut\u00f4t implicites, ils agissent sur la base du feedback d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments culturels<\/td>\n<td>Plut\u00f4t explicite, bas\u00e9 sur des strat\u00e9gies intentionnelles<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Bas\u00e9s sur les connaissances et les savoir faire locaux, la reconnaissance de manques de certitude par rapport \u00e0 plusieurs questions, l\u2019aversion aux risques, l\u2019exp\u00e9rimentation et l\u2019adaptation<\/td>\n<td>Bas\u00e9 sur la science \u201cobjective\u201d, tendant \u00e0 r\u00e9duire toute d\u00e9cision locale ou subjective et tout manque de certitude<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Visent des modes de vie durable sur la longue p\u00e9riode, d\u00e9finis dans un sens g\u00e9n\u00e9ral<\/td>\n<td>Vise \u00e0 des r\u00e9sultats \u00e0 court terme, qu\u2019on peut mesurer de fa\u00e7on pr\u00e9cise<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Importantes valeurs religieuses et symboliques attach\u00e9es \u00e0 la nature<\/td>\n<td>Peu de valeurs religieuses et symboliques attach\u00e9es \u00e0 la nature<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Int\u00e9gration entre exploitation et conservation (\u201cconservation-by-use\u201d)<\/td>\n<td>S\u00e9paration entre exploitation et conservation<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Conservation identifi\u00e9e avec la production et l\u2019utilisation durable pour soutenir les modes de vie des communaut\u00e9s<\/td>\n<td>Conservation identifi\u00e9e avec la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9 et maintien des \u00e9cosyst\u00e8mes \u00e0 des fins esth\u00e9tiques, r\u00e9cr\u00e9atifs, scientifiques et \u00e9conomiques<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Ce changement crucial \u00e0 propos de la gouvernance des ressources naturelles va bien \u00e9videmment de pair avec d\u2019autres changements titanesques, du d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e0 la dynamique d\u00e9mographique, des grandes innovations culturelles (communication, droits humains) \u00e0 l\u2019accroissement de la disparit\u00e9 entre riches et pauvres et \u00e0 l\u2019agglom\u00e9ration des pouvoirs \u00e9conomiques, politiques et militaires\u2026 Ce m\u00e9lange complexe de dynamiques socioculturelles, dont chacun peut tirer quelque chose de bien ou s\u2019y perdre, est aussi accompagn\u00e9 par la mont\u00e9e des probl\u00e8mes environnementaux. La perte de diversit\u00e9 biologique, l\u2019\u00e9rosion des ressources hydriques, la d\u00e9forestation, la perte de productivit\u00e9 des sols et de la p\u00eache, les d\u00e9sastres d\u00fbs aux glissements de terrain s\u2019additionnent au changement climatique \u2013 la forme la plus \u00e9vidente de la puissance humaine, la mise en marche de l\u2019anthropoc\u00e8ne.2 Il est peut-\u00eatre moins souvent remarqu\u00e9 qu\u2019on est aussi en passe de perdre les savoirs locaux, la sagesse des communaut\u00e9s par rapport \u00e0 leur environnement, les diff\u00e9rences culturelles associ\u00e9es aux relations avec l\u2019environnement, la capacit\u00e9 des communaut\u00e9s de d\u00e9cider et d\u2019agir ensemble suivant ces d\u00e9cisions&#8230; Pas de surprise, donc, si Karsenty et Le Meur trouvent dans plusieurs communaut\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui des situations incoh\u00e9rentes, des logiques individualistes et m\u00eame, dirais-je, des comportements suicidaires par rapport aux ressources naturelles de leur propre environnement\u2026<\/p>\n<p>\u00ab Tout est perdu \u00bb, donc ? La gouvernance communautaire est-elle une affaire du pass\u00e9 ? Beaucoup de communaut\u00e9s du monde n\u2019ont pas encore jet\u00e9 l\u2019\u00e9ponge. Si l\u2019on cherche, on trouve encore presque partout une riche interface entre les syst\u00e8mes de gestion traditionnels et locaux &#8211; fond\u00e9s sur les communaut\u00e9s qui vivent avec les ressources naturelles, sur leurs modes de vie, leurs valeurs et leurs connaissances d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 travers les si\u00e8cles \u2013 et le syst\u00e8me de gestion dit \u00ab moderne \u00bb, sans lien avec les localit\u00e9s particuli\u00e8res, bas\u00e9 sur des connaissances scientifiques, la propri\u00e9t\u00e9 des ressources et la possibilit\u00e9 d\u2019en extraire des b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cette interface et dans le contexte de ces jeux de pouvoir que je propose de comprendre les \u00ab communaut\u00e9s \u00bb en tant que sujets politiques et culturels. Au sein des discours et des pratiques dominants, orient\u00e9s presque totalement par et vers les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s ou \u00e9tatiques (\u00e0 leur tour souvent domin\u00e9s par les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s), les \u00ab communaut\u00e9s \u00bb sont souvent le seul contrepoids \u00e0 des formes de gouvernance bureaucratique, technocratique et\/ou marchande. Par exemple, dans le cas de la Casamance \u00e9voqu\u00e9 ci-dessus, soutenir la \u00ab gouvernance communautaire \u00bb signifierait soutenir une r\u00e9appropriation locale des r\u00e8gles de gestion des ressources naturelles.3 S\u2019il est vrai que certaines conditions en marge ont chang\u00e9, soutenir les r\u00f4les, les capacit\u00e9s et les droits des \u00ab communaut\u00e9s locales \u00bb pourrait apporter quelque espoir dans une situation de d\u00e9s\u00e9quilibre presque critique.4<\/p>\n<p>En tant que sujets politiques, les communaut\u00e9s ont sans doute d\u2019\u00e9normes probl\u00e8mes. Il suffit de regarder dans l\u2019histoire r\u00e9cente du continent europ\u00e9en pour comprendre comment le \u00ab retour aux communaut\u00e9s \u00bb du d\u00e9but du si\u00e8cle dernier a pu nourrir des ph\u00e9nom\u00e8nes totalitaires.5 Il suffit aussi de voir comment les cultures locales peuvent \u00eatre oppressives et injustes, par exemple par rapport \u00e0 la position sociale des femmes. Et pourtant il me semble presque \u00e9vident qu\u2019il est difficile de travailler pour le futur sans nourrir la dimension communautaire\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, plus de la moiti\u00e9 des habitants de la plan\u00e8te vit encore dans des communaut\u00e9s physiques \u2013 des agglom\u00e9rations humaines relativement limit\u00e9es et dispers\u00e9es et en relation directe avec les ressources naturelles. Une autre partie des habitants de la plan\u00e8te \u2013 comprenant probablement la majorit\u00e9 de ceux qui sont en train de lire cette note \u2013 est li\u00e9e \u00e0 des communaut\u00e9s virtuelles qui partagent des environnements discursifs et de pouvoir, eux aussi fortement li\u00e9s aux ressources naturelles, mais de fa\u00e7on indirecte.<\/p>\n<p>En sachant qu\u2019il est possible de trouver d\u2019excellentes justifications \u00e0 tout, que les tendances h\u00e9g\u00e9moniques du consum\u00e9risme et de l\u2019individualisme gargouillent \u00e0 chaque coin, et que les approches de gouvernance communautaire de la banque mondiale ou d\u2019autres ONGs bien intentionn\u00e9es sont trop souvent des caricatures, capables de d\u00e9truire de d\u00e9licats \u00e9quilibres locaux mieux que les \u00e9l\u00e9phants proverbiaux dans une boutique Lalique, j\u2019adh\u00e8re \u2013 personnellement et professionnellement \u2013 \u00e0 une vision communautaire et partag\u00e9e de la gouvernance des ressources naturelles. Il s\u2019agit d\u2019une affirmation politique, bas\u00e9e sur des valeurs, une lecture de l\u2019histoire, et des exp\u00e9riences de terrain.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019on vient de faire en l\u2019espace de quelques d\u00e9cennies au nom du d\u00e9veloppement et du progr\u00e8s (et parfois m\u00eame au nom du d\u00e9veloppement communautaire !) est souvent du \u00ab communicide \u00bb, \u00e0 savoir la n\u00e9gation des valeurs, des savoirs, des langues, des institutions et des r\u00e8gles locales au nom de profits, de valeurs et de standards venus d\u2019ailleurs.6 Inutile, je crois, de citer des exemples pour convaincre que cette affirmation est fond\u00e9e sur la r\u00e9alit\u00e9. Les anthropologues, les politologues et les observateurs du d\u00e9veloppement le font depuis des d\u00e9cennies. J\u2019ai quand m\u00eame envie de rappeler un cas, qui ne semble poser de probl\u00e8me \u00e0 quiconque. Je me r\u00e9f\u00e8re aux programmes de micro cr\u00e9dit style Grameen Bank, devenus r\u00e9cemment plus fameux encore gr\u00e2ce au prix Nobel de la Paix accord\u00e9 \u00e0 Mr. Yunus, un de leurs grands avocats.7 Dans ce programme, un groupe de femmes se porte garant du remboursement de pr\u00eats accord\u00e9s \u00e0 chacune d\u2019entre elles selon un syst\u00e8me de rotation. Ce n\u2019est que lorsque l\u2019une des femmes a rembours\u00e9 son pr\u00eat que les autres peuvent emprunter \u00e0 leur tour (notons que les taux \u00e9lev\u00e9s des pr\u00eats accord\u00e9s seraient consid\u00e9r\u00e9s comme usuraires dans nos pays\u2026 les gratte-ciels de la Grameen Bank \u00e0 Dakha t\u00e9moignent de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des investissements). Malheureusement ces programmes semblent se substituer \u00e0 la solidarit\u00e9 villageoise traditionnelle, en particulier entre femmes pauvres, en imposant une pression terrible sur chacune pour l\u2019obliger \u00e0 rembourser ses dettes et ouvrir ainsi aux autres l\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit. Ceci peut \u00eatre acceptable dans certaines situations, mais que se passe-t-il quand une femme est touch\u00e9e par le mauvais sort, que ce soit \u00e0 cause d\u2019une maladie ou d\u2019un vol, ce qui est fr\u00e9quent parmi les pauvres ? Le micro cr\u00e9dit peut apporter un peu de liquidit\u00e9s mais il peut aussi d\u00e9rober aux femmes un bien beacoup plus pr\u00e9cieux \u2013 le sens de la communaut\u00e9 et de la solidarit\u00e9 avec les autres. Ces cas de mauvaise fortune peuvent en effet conduire des familles \u00e0 la mis\u00e8re totale. Il y a des alternatives, bien \u00e9videmment, et on peut travailler avec le cr\u00e9dit tout en maintenant la solidarit\u00e9 communautaire ; mais pour cela il faut soutenir les communaut\u00e9s et non pas les nier et les atomiser comme le font la plupart des agences de d\u00e9veloppement, y compris celles qui sont politiquement correctes\u2026<\/p>\n<p>O\u00f9 se trouvent les alternatives communautaires et quelles le\u00e7ons pouvons-nous tirer de leur exp\u00e9rience ? J\u2019ai examin\u00e9 ailleurs cette question,8 et je terminerai donc ici en rappelant qu\u2019avoir confiance et espoir dans les communaut\u00e9s n\u2019emp\u00eache pas les individus qui en font partie, ni les Etats, de bien jouer une multiplicit\u00e9 d\u2019autres r\u00f4les. Comme Waltzer l\u2019a illustr\u00e9 de fa\u00e7on brillante,9 la \u00ab\u00a0multiculturalit\u00e9\u00a0\u00bb des sujets sociaux est un ph\u00e9nom\u00e8ne normal et crucial pour la d\u00e9mocratie. Chacun d\u2019entre nous peut vouloir parler \u00e0 un moment en tant qu\u2019homme (ou femme), \u00e0 un autre en tant que Fran\u00e7ais (ou P\u00e9ruvien), \u00e0 un autre en tant que Musulman (ou Animiste), \u00e0 un autre en tant que v\u00e9g\u00e9tarien ou lib\u00e9ral ou m\u00e9lomane. Ce qui est important est que chacun d\u2019entre nous puisse le faire en tant que membre d\u2019une communaut\u00e9 et pas seulement en tant qu\u2019atome individuel pris dans l\u2019illusion de sa propre libert\u00e9 et ind\u00e9pendance. Ce qui devient vital est qu\u2019on puisse le faire en tant que membres de communaut\u00e9s organis\u00e9es pour la gouvernance des ressources naturelles, quand c\u2019est de ces ressources que proviennent le sens de notre identit\u00e9 et la base mat\u00e9rielle de notre vie.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Grazia Borrini-Feyerabend (gbf[at]cenesta.org) Les contributions de Karsenty et Le Meur que j\u2019ai eu le plaisir de lire en introduction \u00e0 ce d\u00e9bat ont plusieurs m\u00e9rites importants. 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