Un « laboratoire vivant » d’agroforesterie et de solidarité : un groupe de femmes explore de nouvelles options de moyens de subsistance durables au Timor-Leste
Haburas Moris (« développer la vie »), une ONG locale du district de Bobonaro au Timor-Leste, va accompagner 20 femmes rurales pour qu’elles s’organisent et se renforcent en tant que groupe solidaire, afin de s’appuyer sur leurs propres savoirs traditionnels et pratiques culturelles, et d’expérimenter et de développer concrètement de nouvelles initiatives individuelles et collectives pour des moyens de subsistance durables. Les femmes devraient s’assurer un accès collectif et à long terme à une parcelle de 0,5 hectare, en suivant l’une des différentes options légalement possibles au Timor-Leste, qui seront étudiées, expliquées et, à terme, mises en œuvre avec l’aide d’Haburas Moris. Cette parcelle devrait devenir un «laboratoire vivant » dédié à l’agroforesterie (wanatani), où les femmes décideront, mettront en pratique et testeront ensemble des combinaisons d’arbres, de cultures vivrières, d’espèces végétales indigènes et autres, ainsi que l’apiculture, la conservation des sols et de l’eau, etc. Elles mettront en place, testeront, observeront, évalueront et décideront ensemble quelles pratiques sont adaptées à leur contexte. Par exemple, elles pourront vérifier quelles cultures vivrières poussent le mieux selon les conditions de sol, d’humidité et d’ombrage, quelle quantité de main-d’œuvre est nécessaire pour certaines plantes, quels fruits et quelles graines se vendent bien sur les marchés locaux, etc. Fait intéressant, le laboratoire vivant permettra aussi aux femmes de se lancer dans l’apiculture pour produire du miel et de la cire d’abeille, de fabriquer des bougies votives, de trouver des débouchés commerciaux dans les églises, etc.
Haburas Moris accompagnera les femmes en leur apportant un soutien technique, en leur fournissant du matériel pratique (petites plantes, graines, outils agricoles, ruches, etc.) et en facilitant le processus de production, d’expérimentation, d’ajustement, de vente et d’amélioration tant de la production que de la commercialisation. L’idée est d’acquérir une expérience pratique de l’agroforesterie, de comprendre quelles options peuvent le mieux contribuer aux moyens de subsistance individuels, familiaux et collectifs, et de décider ce qui vaut la peine d’être poursuivi et ce qui ne l’est pas. Haburas Moris veillera tout particulièrement à aider les femmes à réfléchir aux avantages et inconvénients des options individuelles par rapport aux options collectives en matière de production, d’achat d’intrants et de commercialisation des produits, mais aussi à la valeur humaine bien plus large de la solidarité. Tout au long de l’initiative, Haburas Moris jouera un rôle de facilitateur et de catalyseur : on organisera régulièrement des réunions dans des lieux sûrs et adaptés, on proposera des rafraîchissements, on favorisera le dialogue et on veillera à ce que les femmes se reconnaissent et se respectent mutuellement en tant qu’égales, mais aussi à ce qu’elles voient leur propre groupe comme un terreau de solidarité et d’autonomisation : ce qui est impossible pour une personne seule est souvent possible pour un groupe solidaire !
En fait, la valeur d’un groupe n’est que partiellement économique. Outre le travail pratique et la production sur le terrain, le groupe favorisera les relations sociales et l’apprentissage collectif, ainsi que la mise en pratique des savoirs et compétences traditionnels, et la revitalisation des cérémonies culturelles qui renforcent le sentiment d’identité commune. Pour soutenir cela, Haburas Moris encouragera les femmes à faire revivre les rituels et pratiques coutumiers qui renforcent le lien avec la terre et la nature, et veillera à ce que les savoirs et les voix des femmes soient respectés. Grâce à ça, elles renforceront sans doute non seulement leurs compétences pour subvenir à leurs besoins, mais aussi leur confiance en elles, leur solidarité, leur leadership et la reconnaissance du rôle des femmes au sein de leurs communautés. À la fin de la première année de l’initiative, les femmes pourront reproduire certaines pratiques agroforestières dans leurs propres jardins et exploitations, mais on s’attend aussi à ce qu’elles continuent à travailler ensemble sur leurs terre collective en tirant parti d’une enveloppe spécifique— prévue dans le cadre de cette initiative — destinée à un projet de solidarité identifié et organisé de manière autonome par les femmes, en fonction de ce qu’elles auront appris. À la fin de la deuxième année de l’initiative, Haburas Moris animera une réunion avec le groupe de femmes pour identifier et évaluer les leçons qu’elles ont tirées tant en matière d’agroforesterie que de solidarité, et pour planifier leurs prochaines étapes.









































