Des Guardias indígenas auto-organisées protègent le territoire de vie  du peuple Shipibo-Konibo-Xetebo en Amazonie péruvienne

Des Guardias indígenas auto-organisées protègent le territoire de vie du peuple Shipibo-Konibo-Xetebo en Amazonie péruvienne

Le Conseil du peuple Shipibo-Konibo-Xetebo (Coshikox) vient d’annoncer la création d’une Guardias indígenas pour protéger son territoire de vie au milieu des harcèlements et agressions de personnes déterminées à extraire illégalement du bois de la forêt communale, à pêcher illégalement et à ouvrir des terres pour cultiver la coca et développer des drogues. La vague actuelle de menaces dans la communauté de Flor de Ucayali a commencé le 18 juin 2020, lorsque certains membres du Coshicox ont rencontré des bûcherons sur leur territoire et ont décidé de confisquer le bois.  Cette décision a été suivie de menaces de mort à l’encontre du chef du comité de vigilance de la communauté.  En août 2021, des membres de la communauté, accompagnés de représentants du ministère de l’Agriculture et de l’Irrigation, ont effectué une visite d’inspection sur l’ensemble du territoire et ont constaté que 30 hectares avaient été déboisés pour la culture illégale de la coca. Ils ont même rencontré des cultivateurs de coca, qui ont refusé de quitter le territoire malgré le fait que la communauté possède un titre collectif légal sur les terres.

Au cours de l’été 2021, une délégation de Coshicox s’est rendue dans la capitale péruvienne – Lima – pour informer les autorités des menaces que représentent les colons illégaux, les bûcherons et les trafiquants de drogue… mais rien n’a changé.  Les autorités locales et la police sont peu réactives et craignent d’intervenir dans les conditions difficiles de la région amazonienne.  Elles ne brillent que par leur absence. Récemment, des “cocaleros” masqués et armés ont harcelé ouvertement les habitants de Flor de Uacayali.  Ils ont même tiré des balles et fait de leur mieux pour intimider la communauté.  Beaucoup d’entre eux – y compris des femmes et des enfants – ont trouvé refuge dans le bâtiment communautaire où ils sont restés cachés dans l’obscurité pendant un long moment.  C’est après cet incident que Coshikox a décidé d’agir et d’organiser ses propres Guardias indígenas (gardes indigènes) pour se défendre.

Les Guardias indígenas comprennent des individus issus de diverses communautés indigènes et comptent sur le soutien de plusieurs alliés, dont l’Instituto de Defensa Legal, une ONG péruvienne qui les a aidés à définir leur structure juridique et leurs statuts en tant qu’organisation. En fait, les Guardias indígenas sont un organisme pleinement légal, et leur travail est effectué en coopération avec l’armée péruvienne. Fait important, il s’agit également d’un organe pleinement légitime, organisé par les communautés elles-mêmes et lancé à Yarinacocha lors d’une assemblée communautaire les 23 et 24 novembre 2021.  Au moment de la rédaction de cet article, certains gardes sont déjà en service de surveillance, bien qu’ils n’aient pas encore accès à de bons moyens de communication.  La communauté s’attend à ce qu’ils fassent une grande différence, comme cela s’est produit dans d’autres communautés de la région amazonienne et au-delà.  Cette vidéo est une déclaration émouvante d’une communauté voisine qui, comme les Shipibo-Konibo-Xetebo, a décidé de prendre son destin en main : https://youtu.be/uAeAgYQfuvo

Grâce au crowdfunding et à d’autres moyens, plusieurs personnes et organisations offrent leur soutien pour la logistique de la mobilisation. Suite à une demande urgente de l’organisation Coshicox, qui est l’un de nos bénéficiaires précédents, la Fondation PKF a également décidé d’offrir un petit soutien financier.  Nos ressources serviront à fournir aux gardes indigènes des uniformes (par exemple, des polos et des casquettes verts) pour les identifier et permettre à la communauté de montrer visiblement sa force et son unité.  Elles pourront également servir à organiser des réunions, à acheter des équipements de communication, à effectuer des inspections de surveillance, etc. Les gardes porteront des armes, mais notre don ne sera pas utilisé pour acheter des armes.  Nous admirons la force et la détermination des Guardias indígenas du peuple Shipibo-Konibo-Xetebo, qui se mettent vaillamment en danger pour préserver l’intégrité de leur territoire de vie et l’avenir de leurs descendants.   Pour en savoir plus :